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SCANNER
un explorateur audio-visuel


Correspondance électronique, juin 2007, avec Laurent Diouf
http://www.digitalmcd.com


Robin Rimbaud alias Scanner a commencé son travail d'exploration sonore au début des années 90. Il nous donnait à entendre, quasiment brut de décoffrage, des conversations téléphoniques piratées. Entre cut-up et mise en scène de l'audio-surveillance qui nous frappe en ces temps de communication nomade. Le tout sur fond de bleeps et d'infra-basses…

De l'electronica radicale au circuit de l'art contemporain, Scanner a élargi son terrain d'expérience. Son champ d'activité s'étend désormais à la danse contemporaine, à la création radiophonique, au net-art, aux installations et à des performances audio-visuelles. En marge de sa collaboration avec Colin Newman, Malka Spielgel et Max Franken au sein du projet Githead (sur lequel nous reviendrons dans le prochain numéro de MCD), Robin Rimbaud tourne également avec TeZ. De son vrai nom Maurizio Martinucci, cet artiste italien multimédia jongle avec la vidéo et l'informatique. Ensemble, ils présentent Blindscape, une pièce environnementale. Une allégorie urbaine, écologique et technologique. Explications.

Dans quelles circonstances as-tu rencontré TeZ et sur quelles bases avez-vous conçu Blindscape?

Nous sommes amis depuis plus de vingt ans. Nous nous sommes rencontrés via le circuit du mail-art et des cassettes dans les années 80. Nous avons commencé à travailler ensemble il y a environ 4 ans. TeZ a développé des logiciels vidéos vraiment très innovants auxquels je pouvais apporter du son. Blindscape est une performance audio-visuelle environnementale pour laquelle on reprend le principe d'écho-location, utilisé en vol par les chauves-souris, pour explorer les rapports entre la croissance urbaine et l'imaginaire, l'interaction entre l'éco-système et la ville, et la manière dont s'opèrent les ajustements biologiques face au développement industriel.

Tu as à ton actif d'autres performances de ce type, notamment Sound Polaroids avec Tonne…

Sound Polaroids utilisait des images et des sons captés en temps réel dans une ville [Londres, Milan, New York, Tokyo, Montréal]. 52 Spaces était basé sur des images du film d'Antonioni, L'Eclipse, pour en proposer une autre vision projetée au ralenti. J'aime bien travailler sur des projets qui offrent une image différente de la ville à ses habitants et rendent les choses familières presque étranges.

Et à propos de la "correspondance" image / son?

Vaste question ! Il est pratiquement impossible de séparer ces deux mondes. Nous en parlons d'ailleurs avec les mêmes mots en de nombreuses occasions. Mais au coeur de mon travail, il y a la capture de sons dans des endroits improbables, inaccessibles, pour les exposer; que ce soit des conversations téléphoniques privées prises dans des espaces publics ou des enregistrements effectués dans des lieux d'accès restreints où me conduisent mes activités artistiques. Cela questionne les rapports entre le son et l'espace architectural; le jeu entre information, lieu, histoire et relation humaine que l'on doit compléter pour avoir le tableau complet. La plupart du temps, cela est représenté par le son, et d'autre fois par un mélange d'éléments visuels et sonores.

Dans ce contexte, comment intègres-tu le principe des "found sounds"?

Conceptuellement cela s'inscrit dans un modèle artistique qui existe depuis longtemps : faire du monde qui nous entoure une influence, intégrer les objets en eux-mêmes dans un travail. Je m'attache à ce que mes travaux soient dans mon époque, mon environnement, pour créer des pièces qui suscitent une émotion et racontent des histoires au-delà de ce qui nous entoure au quotidien.

Tu es également impliqué dans le net-art?

Cela fait près d'une décennie maintenant que j'ai commencé à mettre en oeuvre des projets sur le net. En ce moment, par exemple, il y a Night Haunts : www.nighthaunts.org.uk Une série d'histoire sur les nuits londoniennes écrites par un ami écrivain, Sukhdev Sandhu, dont j'ai assuré le design sonore. Il y a aussi, Night Jam. Un projet avec des SDF de Londres et leurs visions de la nuit: www.nightjam.org.uk

Tu travailles aussi beaucoup pour la danse contemporaine…

La danse contemporaine est une expression qui m'a toujours passionné. J'aime la relation physique entre le son, le mouvement, le public… C'est l'interprétation d'idées et de formes. J'ai travaillé avec Merce Cunningham, Daniel Larrieu, Shobana Jeyasingh et, en ce moment, je suis sur une grosse production française, à Lyon et Paris, basée sur le film Kirikou. Ce projet est dirigé par un ami, le chorégraphe Wayne McGregor et il sera présenté en septembre.

Tu as réalisé également des pièces radiophoniques, notamment pour la BBC…

Cela m'intéresse de créer des choses qui soient disponibles sur le plus de médias différents possibles afin de faire passer des idées à un large public au travers de nouvelles formes d'expressions. J'ai travaillé sur beaucoup de bande sons, pour toutes sorte de films — le dernier en date étant Reverb, un film d'horreur britannique à paraître en 2007 / 2008 — et pour des pièces radiophoniques commissionnées par la BBC que tu peux entendre [et télécharger] sur: www.ubu.com/sound/scanner.html